L’auteur-compositeur-interprète et réalisateur montréalais dissèque sa plus récente proposition — le bien accueilli Chroniques souterraines, album-événement lancé à la fin de novembre — et en partage un morceau significatif, qu’il met aujourd’hui en exergue

(Montréal, 11 février 2021) – Un album-concept fait de violence et de douceur, de pathos et d’autodérision, de repères réconfortants et de détours inconfortables. Quelque part entre la douce tension et la brutalité délicate, une traversée de quarante minutes, livrée d’un seul souffle. Un disque se déclinant en dix chapitres et son parallèle cinématographique. Long feu en est le passage médian:
Y’a des feux qui brûlent longtemps
Y’a des feux qui brûlent longtemps
Y’a des pluies qui prennent leur temps

ÉCOUTER « LONG FEU »

Projetant à l’écran une Poulin captivante et de qui exulte la frayeur, les refrains de la pièce, qu’elle porte aussi de sa voix claire, réchauffent l’intérieur autant qu’ils le glacent. Dotée d’un drap blanc pour seul cocon, la présence oscillant entre celle d’une poupée de porcelaine et d’un pantin possédé sous l’œil attentif de l’actrice et autrice Gabrielle Boulianne-Tremblay, elle (Poulin, mais aussi Long feu) incarne la dualité que nomme d’ailleurs Ariel, à travers ses notes personnelles : «Le moment présent, l’appréciation des petites choses, Épicure, tout ça… OK. Mais y’a des feux qui brûlent longtemps. Peut-on gérer l’anxiété sans éteindre les passions?». Honnête questionnement.

Regardez le vidéoclip, tiré du film expérimental réalisé par Frédérique Bérubé:

Ponctué de paroles aux images fécondes librement influencées par les écrits de Dostoïevski et de Jung, la pièce, au même titre que l’album dont elle est extraite, trouve une certaine parenté avec la musique industrielle, la musique concrète, le trip-hop et les trames sonores de thrillers, de films noirs. Parcourant les thématiques de l’anxiété, l’isolement et de l’introspection auxquelles s’enchevêtrent les idées de responsabilité et de mutation, les audacieuses Chroniques souterraines d’Ariel cristallisent le deuil d’un idéal, d’une version de soi. Construite autour du postulat voulant que les individus, tout comme les collectivités, gagnent à accepter leur part d’ombre sans la craindre ni la glorifier, la proposition s’aventure dans les méandres de la psyché humaine.

« […] une expérience dans laquelle il faut se plonger complètement […] »
— C’est encore mieux l’après-midiICI Première